Le prix de l'amour (electronique)

Roberto Di Cosmo
Professeur
PPS- EPJ 2025
Université de Paris VII
France

Le 9 Mai 2000






Dans le ciel gris de notre monde qui glisse chaque jour de plus vers un materialisme impersonnel, des dizaines de milliers de personnes ont cru percevoir la semaine dernière un rayon de soleil, sous forme d'un message electronique qui disait contenir une declaration d'amour provenant de personnes de leur entourage. Heureux, genés, intrigués, ou tout simplement curieux, selon les cas, la plupart n'a pas hesite à cliquer sur la ``piece jointe'' (un document transmis à l'aide du courrier éléctronique). Mais cette fois, l'amour a fait des ravages: en pensant ``ouvrir'' une lettre d'amour, ils ont en realite declenché à leur insu un programme qui a modifie le systeme, caché des documents, volé des mots de passe et, preuve que l'amour peut etre contagieux, envoyé une copie de la lettre à toutes les personnes apparaissant dans leur carnet d'adresses.

On parle aujourd'hui de pertes astronomiques, on cherche les ``responsables'' à travers la planete (au Philippines, en Australie, etc.), on nous explique que c'etait un virus, mieux, un ``virus de type ver'' (en effet, comme avec toute catastrophe, le fait de lui trouver un nom précis semble aider à exorciser le mal).

Mais comme autrefois pour Melissa et ses variantes, on oublie l'essentiel: les responsables, les vrai, n'habitent pas aux Philippines, et ne sont pas des virus informatiques.

Le vrai coupable est ce Virus Mental qui attaque le système nerveux des utilisateurs d'ordinateurs, les culpabilise, les empêche d'identifier les vrais responsables des défauts du logiciel, et le transforme en TechnoCrétins, ces sujets fort malléables qui acceptent comme fatalités ineluctables, voir comme preuve de leur ``ignorance'' les conséquences néfastes de logiciels conçu par d'entreprise multimilliardaires avec le plus grand mépris pour la sécurité des utilisateurs.

Est-il normal que d'un simple click de souris, on puisse executer un programme contenu dans un message electronique, là où la plupart des utilisateurs s'attendent à trouver un document?

Est-il normal que ce programme, dont on ne sait rien, aie le droit, sur un simple click, de ravager l'ordinateur de l'utilisateur dans ses moindres recoins?

Est-il normal que l'on passe son temps à developper des ``anti-virus'' pour réparer les dégats, plutôt qu'à deployer des techniques de prevention simples mais efficaces?

Est-il normal qu'on ``oublie'' de mentionner que le prix de cet amour devastateur est aujourd'hui payé exclusivement par les utilisateurs de logiciels Microsoft, alors que les adeptes de systèmes alternatifs comme Linux, FreeBSD, Solaris, Mac OS X, BeOs etc. en sont en bonne partie protégés?

Est-il normal que des responsables informatiques continuent d'acheter les yeux fermés, et d'imposer aux utilisateurs, des logiciels monopolistes avec des tels défauts de sécurité, en ignorant les alternatives aujourd'hui disponibles?

Voilà quelques questions de simple bon sens auxquelles la réponse est facile à trouver.

Et pourtant, le jour ou toute personne commencera à se les poser en attendant que le technicien passe reparar son ordinateur ravagé, on aura franchi un pas important en direction d'une informatique responsable et moderne.
Ce document a été traduit de LATEX par HEVEA.